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Voyager hors des sentiers battus – Interview avec Sebastien, qui arpente le monde

Voyager hors des sentiers battus est un peu la quête de tout le monde. Pouvoir arpenter le monde est une chose, mais le découvrir comme Sebastien en est une autre. Sur les routes depuis plusieurs années, il ne compte pas s’arrêter pour le moment, et il prend le temps de nous raconter son aventure. 

 

Voyager hors des sentiers battus, une interview réalisée avec Sebastien

Bonjour Seb. Avant de commencer, peux-tu te présenter en quelques mots stp ?

Salut ! Donc je m’appelle Seb, je suis à la base de la région parisienne mais j’ai vécu dans beaucoup de régions différentes en France. En 2007 j’ai emménagé à Chamonix Mont-Blanc que je considère comme ma ville de coeur et qui m’a filée ma passion pour le voyage, en d’autres choses.

De nos quelques échanges, tu as un mode de voyage assez atypique. Quelle est ta définition du voyage?

Pour le coup je voyage sans billet ou date de retour… Du coup je suis surtout focalisé sur le volontariat car à travers ça je rencontre des gens incroyables, des super-héros et héroïnes du quotidien. Des « peaceful warriors », des familles entières qui t’invitent chez elles parfois quelques jours dans des endroits complètement barrés et loin de tout. Il est certain que parfois tu vis des trucs « freaky », étranges aussi !

Je suis aussi focus sur les cultures des pays en premier et donc à travers les volontariats, c’est un super moyen de comprendre un pays sous des angles différents. Visiter le pays vient en 2ème position.

Toi qui semble assez discret, quel est ton regard sur ces nouveaux voyageurs à outrances, qui n’ont de désir qu’une “photo à vite publier” ?

Je suis discret car je n’aime pas montrer et diffuser mon voyage sur les réseaux, comme tu le dis justement, à outrance. J’ai un Instagram que j’alimente de manière irrégulière, mais justement ce compte je l’ai créé, non pas pour mon voyage en tant que tel mais ciblé sur mes expériences en tant que volontaire dans les pays. Parce que cela facilite pas mal mes recherches et contacts.

Quant aux voyageur(se)s qui le font pour leurs comptes Instagram disons que… chacun fait comme il veut… mais c’est clairement pas mon délire ! Certain(e)s acceptent des volontariats pour 2 ou 3 jours pour pouvoir prendre -LA- photo « inédite » pour Instagram… Là aussi j’aurais de belles anecdotes sur ce sujet 🙂

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Tu as logé pendant un moment dans un monastère Bouddhiste au Jammu-Kashmir en Inde. Comment as-tu pu entrer en contact avec les moines pour cela?

J’étais à Leh au Jammu-Kashmir et je voyageais avec une fille qui m’a fortement conseillée de contacter un monastère isolé. Ce dernier, perché à 4000m d’altitude et situé à 140km au Nord-Ouest de Ladakh, aux abords de la frontière disputée entre le Pakistan et l’Inde. Cette fille m’avait conseillé de dire que je venais de sa part car sinon j’aurais essuyé un refus.

Une fois là-bas, les moines m’ont humblement expliqué qu’en théorie ils n’acceptent pas de volontaires. 2 seulement en 8 ans ! Cette voyageuse et donc moi.

Une expérience complètement dingue qui a marqué un avant et un après sur beaucoup de choses, jusqu’à ma manière de voyager.

Comment ressort on, mentalement, psychiquement, d’un moment dans un monastère au Jammu-Kashmir ?

C’est très difficile à expliquer. Il y a un coté mystérieux chez les Bouddhistes qui est vrai et là pour le coup, c’était tellement isolé et difficile d’accès que peu de touristes y vont. Sans compter que certains ont peur (à tort) de se rendre dans cette région.

Mais ensuite et je suis désolé, je suis pas sûr de trouver les bons mots pour d’écrire cette expérience. Tout était fou : la nourriture, l’endroit en lui-même, les villageois, les gens, l’histoire du lieu et ses liens avec l’histoire du Kashmir, les levers et couchers de soleil, les Moines et les Novices Monks, leurs prières, les trompes (long instrument à vent) et autres Stupas disséminés sur différents sommets autour… tout ça forme une expérience absolument incroyable et forte.

Une fois de retour dans la région Himalayenne de l’Himachal Pradesh, il m’a fallu me prendre quelques jours dans une chambre d’hotel pour récupérer mon cerveau. J’ai renouvelé ensuite l’opération dans un autre monastère au Népal récemment et j’en suis ressorti avec mon 3ème certificat d’enseignement.

Durant ce voyage, tu te consacre beaucoup aux enfants des rues. Peux tu nous expliquer en quoi cela consiste?

C’est tout un sujet, un point sur lequel je n’aime pas m’étendre si ce n’est à mes proches. Il faut préciser quelques points importants pour tes lecteurs et celles-ceux qui liront cet interview.
La chose la plus importante c’est que, j’enseigne dans différentes écoles du monde dans de nombreux pays, en revanche tout ce qui concerne les “gosses” de rues il y a des trucs à savoir.

  • On ne va pas dans ces endroits si on a rien à y faire (à enseigner donc et consacrer du temps, peu importe le domaine ou le sujet enseigné). Je reste très humble mais je pense modestement pouvoir apporter des choses. On m’en apporte aussi beaucoup. C’est un échange et c’est ce que je recherche
  • On ne reste pas moins de 2 mois à un seul et unique endroit ! Sauf ma toute 1ère expérience où je suis resté 5 semaines sinon je me consacre à un établissement entre 4 à 6 mois en moyenne. L’Ouganda j’y suis resté pas loin de 7 mois, Inde un an plein sur 2 endroits différents, consacrés aux gosses des rues.
  • Rester à sa place et ne pas penser qu’on va sauver qui que ce soit. Si on peut apporter des choses positives durant notre temps c’est cool. Basta. Etre motivé et avoir pas mal d’aplombs aussi car ce sont des mômes qui ont vécus des trucs atroces, ils ont donc du répondant pour beaucoup et une attitude forte.
  • Bien choisir sa structure… et bien communiquer avec la direction avant de s’y rendre. Mais le point le plus important c’est le temps consacré. Pas moins de 2 mois et même 2 mois c’est encore limite de mon point de vue.

Parfois tu vois arriver des fratries entières prisent en charge par la structure où tu te trouves, structure qui a littéralement arrachée ces gamins à la rue, avec tout ce que cela peut englober. Pour ma part je considère avoir beaucoup, beaucoup appris au contact de toutes ces personnes sur des milliers de sujets. Tu vois des jeunes adultes qui réapprennent doucement à vivre, à lire, compter.

Pour ma part cela c’est toujours bien passé mais comme je l’ai dit c’est un très long sujet qui comporte de nombreux paramètres à prendre en compte.

En 4 ans, vois-tu beaucoup de changement chez toi, par rapport à ta vision du monde ?

Je suis un humaniste, j’aime aussi les gens qui se battent et entreprennent des projets qui rendent meilleurs ne serait-ce que l’endroit, l’entourage où ils vivent.

Quand tu voyages en solo comme ça et que ça se compte en nombre d’année, tu te rends compte que le monde est bienveillant. Que les religions sont belles malgré ce que les médias peuvent dire. Que les personnes qui les pratiquent sont discrètes, humble et font leurs chemins tranquilles. Tu te rends compte de la résilience dont certaines personnes font preuves et que le fameux « c’est ceux qui n’ont rien qui partagent le plus » n’est pas un stéréotype mais un fait concret. Encore vérifié ça il y a quelques jours ici au Kyrgyztsan.

Pour ma part en 4 ans de voyage je n’ai jamais rencontré un seul problème, sur aucun sujet. Pourtant y aurait matière entre les volontariat, le temps que je passe sur les routes à barouder un peu hasard parfois… j’ai toujours rencontré jusqu’à maintenant que des gens bienveillants qui m’ont ouvert leurs portes. Tout ça mérite encore d’être sauvé sans doute.

Ensuite tu te rends compte aussi des très nombreux problèmes concrets qui existent au sein d’un pays… Mais aussi entre les pays frontaliers de là où tu te trouves. Là idem c’est un -gros- sujet…
Un pays te dit à quel point il déteste son voisin et quand tu vas chez le voisin, c’est idem mais sur d’autres points de vues politiques, culturels, religieux et géo-politiques.

Qu’est-ce qui te pousse à aller vers tel ou tel endroit?

Feeling total ! Je regarde la carte du monde, je contacte des personnes pour des éventuels volontariats, je vois qui me réponds et je tranche sur le pays. Si j’estime ne pas « en avoir fini » intérieurement avec un pays où je suis déjà allé, je n’hésite pas à y retourner pour boucler ma propre boucle avec lui.

Parmi les cultures que tu as pu découvrir, laquelle t’a le plus marquée et pourquoi ?

Je n’ai pas de pays favori déjà. Mais parmi les cultures qui m’ont le plus marquées, il y a l’Inde, l’Ouganda et l’Est de la Turquie, au Kurdistan Turque donc. Aussi Siwa et sa culture Berbère et Touaregs à la frontière désertique de la Libye en Egypte.

Je pense que l’Asie Centrale va faire aussi un gros strike chez moi 🙂 Le Kyrgyzstan et ce mélange entre Russie, l’Asie de la Mongolie au porte du Moyen-Orient c’est une culture magique !

Quel accueil reçois-tu lorsque tu arrives dans des lieux un peu reculés ?

De la bienveillance… Et là c’est l’Ouganda, l’Inde et l’Indonésie qui remportent la palme sur la même marche du podium, en tout cas dans l’histoire de mon voyage.

Il y a eu des phases dans ces pays où, alors que je marchais sur le bord de la route, je me retrouvais invité pour un Chaï, ou à manger quelque chose. A peine sorti pour pouvoir continuer ma route que 10 mètres plus loin une autre famille t’invite !

Il y a eu une journée mémorable où j’ai compté pas moins de 12 invitations en une seule journée jusqu’au soir… où finalement je suis resté dormir chez la dernière famille. Je n’avais pas réussi à parcourir plus de 4km ce jour là 🙂

Je te passe les millions de « Hello », les conversations avec les anciens des villages à partager un thé ou une bière selon où tu es, les rencontres imprévues qui débouchent sur d’autres rencontres, des mariages qui t’agrippent sur ton chemin à venir y participer pour 3 jours, les familles des élèves des établissements où j’enseigne ou alors les familles du staff aussi qui t’emmène visiter des endroits inconnus et vraiment reculés pour le coup, les autres voyageurs rencontrés aussi bref, ça n’arrête jamais. Au final tu créé des liens parfois unique.

Y a t il un moment qui t’a plus marqué que d’autres lors de tes rencontres?

Le moment au monastère Bouddhiste au Jammu-Kashmir est probablement en haut de la liste, celui du Népal aussi. Les rencontres avec les Garifunas et Mayas du Guatemala. Mes 7 mois dans la semi-jungle Ougandaise est aussi largement dans ce top. D’autres moments me reviennent encore donc au final, sans doute que ce voyage tout entier est -ce- moment !

Pourquoi voyages tu et que peut on te souhaiter pour la suite ?

Je voyage parce que c’est une vie de dingue, intense et authentique. Tu apprends à te connaitre. J’ai pioncé dehors sur des toits de maison en construction dans des pays à mauvaise réputation, en pleine nature aussi, tu passes d’un truc à l’autre, d’une culture ou d’une religion à l’autre, parfois diamétralement opposé, t’apprends à t’adapter aussi beaucoup tout le temps en fonction de tout pleins de choses. Parfois c’est pas simple bien sûr mais c’est ce qui fait le charme du truc aussi.

Contrairement à ce que quelques personnes pensent, le voyage c’est pas fuir quelque chose, ni un rejet de ton pays. Dans mon cas en tout cas, c’est juste un énorme trip, un gros délire où chaque jour ne peut ressembler au précédent. Comme tout voyageur(se)s qui se respectent, j’ai des wagons d’histoires et anecdotes bien barrées, loufoques et dark aussi parfois.

Sinon j’espère continuer à voyager encore longtemps…. comme cet australien de plus de 70 ans que j’ai rencontré au Kashmir (avant le Covid) et qui était sur les routes depuis plus de 15 ans 🙂


Pour suivre Sebastien et voyager hors des sentiers battus à travers lui : 

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