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Alaska-Patagonie en vélo, l’interview de Sophie et Jeremy, ces 2 aventuriers

Sophie Planque et Jeremy Vaugeois, ces personnes ne vous disent peut-être rien, mais ils ont une aventure incroyable à leur actif, Alaska-Patagonia en vélo. Ils ont la trentaine, viennent de France, et ont un courage à tout épreuve.

 

Un jour une idée est devenue un projet, et ce projet est devenu une réalité. A bord de leur vélo ils se sont envolés vers l’Alaska et ont débuté une aventure de 2 ans et demi pour plus de 28 000 km à la force des jambes. Le point final, Ushuaia. Grâce à Ushuaia TV, nous avons eu l’occasion de les interviewer et ainsi vous faire découvrir cette aventure hors du commun. Le documentaire ALASKA-PATAGONIE, LA GRANDE TRAVERSÉE, sera pour sa part diffusé le Lundi 25 janvier à 20h45 sur cette même chaîne. Le replay sera disponible durant 60 jours. Vamos !

Alaska-Patagonie en vélo, par Sophie Planque et Jeremy Vaugeois

Le reportage commence par une phrase qui parle de l’âme du continent Américain. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette idée, ce regard ?

L’âme c’est tout ce qui est opposé au corps, c’est dans la pensée, on peut parler de spiritualité aussi. Quand je parle de l’âme du continent américain je pense en fait à l’âme du monde. C’est une manière assez romantique de concevoir le voyage. Selon moi, c’est tout ce qui fait la richesse et la magie des instants vécus.

L’âme du continent se trouve dans un regard, dans une couleur, dans une aube ou bien un coucher de soleil. La ressentir et la côtoyer, c’est être au plus proche de l’authentique. Ce n’est pas forcément là où on pense qu’elle se trouve, dans un site touristique majeur mais plus dans une petite ruelle sombre reculée, ou bien dans un village de prime abord sans intérêt. Chacun peut lui donner la définition qu’il veut, c’est d’ailleurs tout l’intérêt !

Qu’est-ce qui fait qu’un jour on se dit : On prend nos vélos, nos sacs à dos, et on va traverser le continent Américain du Nord au Sud ?

La décision n’a pas été prise en un jour. C’est un projet commun que nous avons mûri d’abord chacun de notre côté puis ensemble avec Jérémy. L’idée de traverser le continent américain est même venue de lui et plus précisément de ses carnets de voyage qu’il écrivait quand il était plus jeune.

Nous avions tous les deux envie de construire quelque chose de grand ensemble. Passionnés de géographie et de voyage au long cours à la seule force de notre corps, nous cherchions un défi à relever ensemble, en couple. Alaska Patagonie s’est imposé tout naturellement à nous deux comme la promesse d’une longue et difficile expédition au cœur d’une géographie que nous connaissions peu. Cela nous a pris quasiment 2 ans à préparer que ce soit d’un point de vue administratif, économique, logistique ou bien matériel. Il se trouve que partir des rives de l’océan Arctique et d’aller jusqu’à Ushuaia en Terre de Feu représente le trajet terrestre le plus long, le plus étendu au monde.

Nous sommes partis du 70° Nord et sommes arrivés à 54° degré de latitude sud. Nulle part ailleurs sur Terre il est possible de rallier ces deux extrémités si proches des pôles. C’est aussi une route qui nous permet de découvrir et de traverser tous les climats de la planète qu’il s’agissent des grands glaciers, de la taïga, de la toundra, des plaines arides, de la jungle en passant par l’Altiplano ou encore la pampa d’Argentine. Traverser ce continent du nord au sud c’est donc être au plus près de la nature et de ce qu’elle a de plus incroyable à offrir. Et accessoirement nous nous sommes pacsés juste avant de partir, c’était en quelque sorte notre lune de miel. (rires)

Une joie de vivre se dégage de cette expédition, de ce reportage, avec un réel partage. Y a-t-il une rencontre qui vous a marquée plus qu’une autre, mais surtout pourquoi ?

je suis très contente de savoir que c’est ce qui te marque dans ce documentaire. J’ai envie de dire que toutes les rencontres que nous avons faites nous ont marqué d’une manière ou d’une autre que ce soit en bien, en moins bien, voir pas bien du tout. Il y en a certaines évidemment qui sont beaucoup plus fortes que d’autres et qui nous ont touché profondément. Elles nous ont inspiré, nous inspirent encore dans nos vies, je pense par exemple à une native d’Alaska qui s’appelle Kathleen. Elle n’apparaît pas dans le documentaire et pourtant c’est sans doute l’une des personnes les plus importantes de toute cette expédition à mes yeux.

Au hasard d’une rencontre à Fairbanks en Alaska le jour de notre arrivée Kathleen nous a convié à rester chez elle pendant une semaine avant de débuter notre voyage à vélo. Elle nous a appris à reconnaître les baies, les plantes comestibles par exemple. Elle nous a conté les légendes de son peuple, le clan Koyukon, nous a donné une paire de lunettes pour comprendre et vivre l’Amérique qui ne nous quittera jamais pendant tout le voyage. J’ai eu un accident en Alaska, vous comprendrez si vous visionnez le documentaire, et Kathleen a été là comme une mère à prendre soin de moi et de Jérémy.

Kathleen m’inspire encore aujourd’hui pour tout ce qu’elle représente. C’est une femme fière de ses origines qui défend l’histoire de son peuple, qui n’a pas peur de l’inconnu et qui est prête à aider par solidarité sans rien attendre en retour. Elle nous prouve également que même dans le pays le plus capitaliste qu’il soit on peut encore vivre en harmonie avec la nature. Et ça, c’est très puissant !

J’ai tendance à dire que le Pérou est le pays que j’apprécie le plus, mais que je l’aime autant que je le déteste. En voyant vos images, ce sentiment me revient encore plus à cause des routes, les cactus, son altitude, mais à contrario son sourire, son accueil, sa splendeur. Quel regard gardez-vous de ce pays?

Le Pérou est sans doute le pays le plus difficile que nous ayons eu à traverser pour plusieurs raisons. D’une part d’un point de vue géographique la Cordillère des Andes est majestueuse mais très brutale et raide. Comme nous avions fait le choix de quitter les grands axes au profit de petits sentiers de montagne, notre quotidien était rythmé par en moyenne 1500 à 2000 mètres de dénivelé positif. Ajoutez à cela les maux d’altitude occasionnels, les maux de ventre occasionnels, les quelques chauffards lorsque nous empruntions une route pavée et la fatigue accumulée de déjà 2 ans de périple et vous obtenez un sacré cocktail !

Je partage complètement ton point de vue ! Ce pays est magnifique, il se mérite, et parfois notre apparence de gringo (poussiéreux pour notre part) n’aide pas ! Mais c’est ainsi! C’est ce qui fait tout le charme de ce pays, franc, authentique et à l’image de ses montagnes: haut perché 🙂 !

Entre le Salar, puis Lipez, la Puna, vous avez expérimenté la solitude. Comment se sent-on à ce moment, et quels mots pour la qualifier ?

Nous avons expérimenté la solitude à de nombreuses reprises pendant le voyage. Je pense par exemple au Grand Nord américain nous avions parfois jusqu’à 10 jours d’autonomie de nourriture et où nous ne croisions personne. Le Salar, le Sud Lipez, et la puna sont des zones vraiment très spéciales de la planète. Nous en gardons un souvenir très fort, très unique. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas vraiment cette géographie, il faut s’imaginer en Bolivie entre 4000 et 5000 mètres d’altitude dans un désert ocre à perte de vue.

On ne s’y sent pas le bienvenu, rien n’est fait pour que l’homme puisse vivre dans ces contrées. L’air sec vous dessèche la peau en quelques minutes, toute l’humidité de votre corps semble s’évaporer. L’eau est salée et il n’y a strictement aucune ombre à l’horizon. On ne peut être que de passage. C’était transcendant d’y être à vélo et de se dire que nous allions traverser cette zone, toujours, à la seule force de nos corps. On éprouve un mélange de fierté, d’éblouissement total et en même temps nous sommes tenus de rester concentrés pour avancer car nos bouteilles d’eau et nos réserves de nourriture ne sont pas éternelles. On se rappelle vite à notre condition humaine et on se demande comment des animaux peuvent vivre aussi haut dans ce désert où il ne se passe rien.

Je vais reprendre l’expression d’un très bon ami photographe : au cœur de cette zone géographique, “nous avons tutoyé les anges”.

On parle d’une aventure dans des conditions qu’on peut qualifier d’extrême, mais pour vous quelle fut la plus grande difficulté de ces 812 jours et comment garde-t-on assez de force (mentale ou physique) pour le lendemain, se lever, repartir pédaler, et écrire une page meilleure que la précédente ?

Je pense que la plus grande difficulté à laquelle nous avons été confrontés est celle du couple. Nous étions tous les deux connectés à la réalité d’un tel défi. Nous étions prêts. Mais même si nous avions le même objectif d’aller ensemble à Ushuaia, nous avions des attentes différentes et des manières de voyager différentes. Nous nous sommes éprouvés physiquement et mentalement, mais nous avions nos astuces.

Nous prévoyions uniquement notre itinéraire à la semaine soit environ 500 km, cela nous aidait grandement à maintenir le cap. Aussi, nous écoutions nos corps et étions capables de nous arrêter dès que nous en ressentions le besoin. En revanche, au niveau du couple, c’était plus difficile ! Nous avons appris à faire des compromis très forts l’un l’autre afin de pouvoir avancer ensemble “presque” au même rythme. La communication a été essentielle ! Les premiers mois furent compliqués et puis nous avons trouvé un équilibre. C’est dans l’adversité et la difficulté que nous nous sommes révélés. Nous avons appris à fonctionner en équipiers parfois plus qu’en couple.

Le partage fait partie intégrante du voyage, et cela se ressent. Que vous apporte les locaux, les rencontres, et que pensez-vous, vous, leur apporter justement ?

Je pense que les locaux nous apportent autant que ce que nous essayons de leur apporter. Ils nous partagent leur réalité, leur manière de penser, leurs coutumes et à travers leurs mots et leurs histoires nous nous enrichissons chaque jour. Très souvent il s’agit au final de leçons d’humilité, de respect, de solidarité, de partage d’hospitalité.

En échange de toute cette chaleur, nous essayons nous aussi de leur apporter quelque chose à notre maigre hauteur sans forcément que de l’argent soit en jeu. Un jour ce sera notre point de vue sur une situation locale, un autre jour ce sera un carré de chocolat, un soir ce sera une aide dans un champ ou bien tout simplement une soirée à discuter. Cela me fait penser à une soirée en Patagonie, des Gauchos nous ont invité à dormir dans leur ferme alors qu’il neigeait depuis des heures et que nous étions trempés et fatigués. Ils nous ont offert le dîner, nous avons passé la soirée à jouer aux cartes, à chanter ensemble, à boire du bon vin et ils nous ont même offert du bois pour chauffer la pièce dans laquelle nous allions dormir.

A savoir que dans cette partie de la Patagonie, le bois coûte très cher car il n’y a pas d’arbre proche. Le lendemain matin nous avons demandé comment pouvions-nous les remercier et les aider avant de partir. Voici ce que nous a répondu le gaucho Hector: “Ici vous êtes en Argentine, pas chez les gringos. On a fait ça par plaisir, vous ne nous devez rien”. Parfois, il faut accepter de prendre sans donner. Et accepter de donner sans rien avoir en échange. C’est juste la poésie et la beauté de l’instant qui prime. Je me souviendrai toujours de ces rencontres d’un soir qui termine au matin par des larmes d’adieux, des larmes qui viennent du coeur ! Et ça, c’est sans doute le plus beau cadeau que l’on puisse faire à l’autre.

L’autre facette intégrante du voyage, ce sont les paysages, la planète. Avez-vous ressenti l’action de l’homme dans son évolution?

Oui absolument et c’était au cœur de notre périple. Lorsque nous avons commencé à pédaler en Alaska nous avons longé pendant plus de 10 jours un oléoduc qui transporte le pétrole depuis les côtes de l’océan arctique jusque dans la ville de Valdèz au sud de l’Alaska. Une balafre dans la toundra et la taïga qui est assez symbolique. Commencer le périple à vélo en longeant ce pipeline était fort en sens pour nous.

Dans la suite de nos pérégrinations nous serons témoins de nombreux ravages, comme des mines d’or au Pérou qui polluent les nappes phréatiques et les cours d’eau et empoisonnent la population, en passant par les déchetteries à ciel ouvert au Mexique ou encore des assèchement de lac au Chili pour la production de d’avocat… Aussi petit soit l’homme, son impact est pourtant très important sur son environnement. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en être témoin pour comprendre à quel point nous devons faire attention à notre manière de consommer et de vivre mais ce sont des chocs visuels très forts.

La plupart de temps le constat est le même, les victimes de ces aberrations humaines ne participent jamais au désastre. Ce sont des personnes qui vivent en totale harmonie avec la nature au cœur de la terre et non que faire de changer de téléphone portable tous les ans ou bien de consommer des légumes et fruits qui viennent de l’autre bout de la planète en dehors de la saison. Ce sont encore une fois des belle leçon d’humilité et de sobriété.

Quel est ce souvenir indélébile de ce périple, qui vous accompagnera toute votre vie et vous réchauffera le coeur ?

Me concernant je pense que c’est le moment où nous sommes retournés sur les lieux de l’accident en Alaska un mois et demi après. C’est sans doute le pire événement de cette aventure mais aussi le meilleur. Parce qu’en me relevant au sens figuré comme au propre, je me suis révélée.

Quand je repense à ce jour et à ce moment précis je me sens emplie d’une grande force et d’un grand accomplissement. Être capable de faire face à l’adversité à la difficulté de l’accepter et d’aller de l’avant c’est pour moi le plus beau sentiment que j’ai envie de transmettre aujourd’hui, en plus évidemment de tout ce que la nature a de beau à nous apporter et de toutes les magnifiques rencontres inspirantes. Jérémy a un autre point de vue à ce sujet et c’est d’ailleurs l’objet d’un livre qu’il est en train d’écrire 🙂 !

Il est dit à un moment, rien est derrière, tout est devant, mais lorsque l’on touche à la fin des 28 743 kilomètres, comment appréhende-t-on la suite ?

Pour répondre à cette question je vais revenir trois semaines avant la fin du voyage. Nous sommes dans la pampa d’Argentine en plein hiver austral et nous voyons enfin sur notre carte le point final de notre aventure. Ushuaïa devient réel, réalisable. Ce n’est plus un vague objectif que nous avions dans le fin fond de notre tête. À ce moment du voyage, il fait très froid dehors et nous avalons les kilomètres comme jamais nous ne l’avons fait. En regardant nos cartes topographiques chaque jour, nous commençons à nous remémorer toute notre traversée. Les sourires, les regards, les couleurs, les massifs, les odeurs, la difficulté, ces montées que nous pensions insurmontables, ces nuits de bivouac sous la pluie, dans la neige, sous le vent… Tous ces moments où nous avions envie de tout arrêter…

Pendant 3 semaines, nous avons digéré, j’ai même envie de dire presque vomi des émotions. Pendant 3 semaines nous avons pleuré chacun sur notre vélo en pensant à tout ce que nous venions de vivre ces 2 dernières années. Une fois arrivés à Ushuaïa, il s’est passé quelque chose de magique. Il n’y avait pas de débordement de larmes, il y avait pas de fou rire, nous étions calme, serein. Nous venions d’accomplir notre rêve et nous nous sentions bien. C’est ce que j’appelle ressentir un certain accomplissement de soi. Nous n’avions rien à regretter, nous étions prêts à rentrer en France. C’était un sentiment extraordinaire de se dire que nous avions désormais hâte de revenir chez nous et de renouer avec notre culture, nos amis et nos familles. C’était un atterrissage en douceur.

Imaginez-vous vivre pendant presque 3 ans dans la nature, à dormir constamment dehors et tout d’un coup revenir dans un appartement ! Nous avons souhaité rester itinérants pendant quelques mois avant de nous stabiliser à nouveau dans un logement. Nous avons réalisé un tour de France de toutes les écoles qui nous avait suivi pendant 2 ans et demi à travers notre programme pédagogique et notre association. C’était un excellent moyen de rentrer chez nous en traversant les petites routes françaises, en rentrant dans toutes les boulangeries….

Nous sommes installés en Savoie depuis janvier 2020 et après une belle période d’adaptation, la vie suit son cours. Nous travaillons, nous avons de nombreux projets en tête et sommes heureux de faire vivre maintenant un documentaire et bientôt un livre. Ces productions nous permettent en quelque sorte de mettre un point final à cette aventure avant d’en lancer d’autres. Je pense qu’il n’y a pas de règles à suivre quand on rentre d’un long périple comme le nôtre il faut seulement s’écouter et prendre le temps pour continuer d’avancer.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Que nos futurs projets d’exploration et d’aventure puissent voir le jour ! Et surtout que rapidement les cinémas et théâtres puissent rouvrir afin de venir partager nos récits ! Nous souhaitons d’ailleurs à toutes les personnes qui liront cet article de continuer de croire en vos rêves et en tous les projets que vous avez en tête et que vous espérez réaliser ! Nous devons toutes et tous garder espoir, nous serrer les coudes et penser que demain sera un jour meilleur ! Suerte !


Pour suivre la suite et en apprendre encore plus de cette aventure : 

Site internet

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