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Je suis parti vivre à…. Puvirnituq – Baie d’Hudson, Canada

Parce qu’il faut varier les plaisirs, et qui de mieux pour raconter le monde, que les gens qui s’y sont installés? Le but de cette nouvelle rubrique, “je suis parti vivre à…”, est de vous faire découvrir d’autres pays, d’autres villes, et d’avoir l’avis de ces voyageurs qui s’y sont installés ! Aujourd’hui, on suit Anaïs et Gordon, pour “parti vivre à… Puvirnituq, dans la baie d’Hudson au Canada ! 

Pouvez-vous vous présenter rapidement et nous dire ce qui vous a amené à partir vivre à Puvirnituq .

G : Bonjour, Je m’appelle Gordon, j’ai 32 ans et suis arrivé au Canada fin novembre 2018.

A : Salut, je m’appelle Anaïs, j’ai 29 ans, et j’ai quitté la France début juillet 2018.

G : Nous cherchions du travail en juillet dernier sur le secteur de Montréal, et finalement je suis tombé sur une annonce Facebook proposant une expérience de travail dans le Grand Nord, et plus précisément au Nunavik, dans la communauté Inuit.

A : Depuis le début du PVT, je vis au jour le jour et quand il m’a montré l’annonce qui proposait de travailler dans un village Inuit, isolé, on a dit « On y va » !! Nous sommes venus pour voyager, découvrir la culture et ses habitants. Tous les éléments étaient réunis pour que nous venions !!

Un retour en France est il envisageable ? Et si non, quelles sont les raisons de ne pas considérer ce retour comme une possibilité?

G et A : Pour l’instant, un retour en France ne fait pas partie de nos projets. Nous nous sentons bien ici, il y beaucoup d’opportunités. Nous pensons que le Canada a plus à nous apporter que la France à l’heure actuelle. L’hospitalité des québécois nous a séduits depuis notre arrivée. Et puis il faut bien avouer que le climat social en ce moment en France ne motive pas à rentrer.

J’ai eu la chance de voyager dans la région de Québec, mais le Canada est grand, et j’imagine que la Baie d’Hudson en est à l’opposée. Quelles sont les différences marquantes et flagrantes?

A : Déjà l’environnement !! Ici aucun arbre. Les premiers sont à environ 150 km au sud, alors cela fait bizarre. C’est un paysage très lunaire, avec beaucoup de roches, de cailloux, et sans aucun relief. Tout est plat, et on peut voir à des kilomètres à la ronde par temps clair.

G : Et puis de vivre en autarcie, coupé du monde. Aucune route ne relie Puvirnituq (tout comme les 13 autres villages du Nunavik) au reste du pays, seul l’avion permet de venir ici, et la moindre commande prend deux semaines pour arriver.

Comment se passe la vie avec les Inuits ?

G : Si la vie quotidienne se déroule comme n’ importe où, il est malgré tout difficile de s’intégrer pleinement à la communauté. Beaucoup de personnes travaillant dans le village viennent du sud (Québec, Montréal, …) et ne restent ici que quelques mois. Il y a des exceptions bien sûr, comme Jim, notre responsable originaire d’Ecosse, arrivé ici il y a 50 ans et qui est resté y faire sa vie, mais cela reste exceptionnel. De ce fait, les inuits ne veulent pas créer directement de liens trop amicaux avec des personnes qui repartiront très rapidement pour ne jamais revenir.

Bien que vous soyez dans la région de Québec, la langue française est elle répandue, ou alors c’est surtout de l’anglais voir langue locale ?

A : La principale langue est l’inuktitut, la langue natale des habitants de la région. Viens ensuite l’anglais, parlé par presque tout le monde sauf quelques anciens, et utilisé au quotidien dans le cadre du travail. Le français, qui est pourtant la première langue parlée au Québec, est enseigné à l’école mais peu de personnes savent le parler et l’utiliser couramment.

J’imagine que vous êtes les seuls français, est-ce un avantage, ou alors notre culture vous manque ?

G : Oui, nous sommes les seuls français du village à notre connaissance. Un avantage je ne sais pas car tout est différent de ce qu’on connait. En revanche, notre culture ne nous manque pas. Si nous sommes venus dans cet endroit (et si nous voyageons en général) c’est aussi et surtout pour découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles façons de penser ou voir les choses, qu’elles correspondent à notre vision du monde ou pas.

A : Une petite rectification tout de même : une seule chose nous manque, la gastronomie. Un apéro avec du fromage, de la charcuterie et un verre de vin en lieu et place de pain de mie et d’un soda, un rêve !!

Vous êtes vous fait à la vie dans cette commune de moins de 2 000 habitants?

A : En partant de France je vivais dans un lieu-dit d’une quinzaine d’habitants, alors pour moi c’est une grande ville.

G : Nous nous sommes vite habitués et avons rapidement trouvé notre rythme entre le travail et la vie privée. Nous n’aimons pas être en plein centre d’une grande ville, alors le format nous convient parfaitement. Et puis de toute façon, on ne peut pas aller bien loin !!

Puvirnituq semble un peu coupé du monde, pourrez-vous nous expliquer à quoi ressemble sa vie, ses activités, etc.

G : Il y a 2 saisons : l’été et l’hiver. Durant l’été, il y a de nombreuses activité possibles en extérieur : chasse au caribou ou oies sauvages, pêche dans la rivière à côté du village ou bien en mer (possibilité de chasser les béluga), puisque nous sommes près de l’embouchure de la Baie d’Hudson, ramassage des baies dans les terres, ou bien balades en quad … Bref pas mal de chose pour peu qu’on aime être actif et prendre l’air.

A : Pour ce qui est de l’hiver, même si la vie est ralentie du fait du froid avec des températures négatives pouvant aller jusque -50°C (record personnel provisoire à -46°C, ici à Puvi), les activités hivernales n’en reste pas moins nombreuses : toujours la chasse au caribou (il y a des troupeaux qui se déplacent en ce moment à proximité du village, avec 500 têtes il y a peu), la pêche sous glace qui atteint son pic au printemps avec le retour des beaux jours , et évidement l’utilisation de traineaux à chien et motoneige par les locaux pour se déplacer en dehors de la ville. Dans ce cas, il faut malgré tout faire attention à quelle distance du village nous sommes car nous pouvons rencontrer des animaux sauvages, tels des ours ou loups, même si cela reste rare.

A + G : Enfin il faut noter que malgré ce joli tableau, le Nunavik et le Grand Nord Canadien dans sa globalité où vivent les Première Nations sont en proie à de nombreux problèmes sociaux-économiques : violence, alcool, suicides … Un inuit a 10 fois plus de chance de passer à l’acte que n’importe où au Canada, ce qui en fait le taux le plus haut du monde (100 pour 100 000 personnes).

Il faut aussi comprendre qu’en moins de 70 ans, les communautés sont passées d’un mode de vie itinérant, vivant dans des maisons en pierres ou des igloos, à des habitations en dur avec des iphones et toute la technologie qui va avec, ce qui nous a pris à nous, européens, des centaines d’années.
Et bien sûr, l’arrivée il y a 200 ans des premiers explorateurs a aussi apporté (et continue encore) son lot de vices.

Au niveau du coût de la vie, avez vous des exemples à nous donner pour qu’on se situe ?

G : Tout est plus cher !! Tout arrive par avion, sauf durant l’été à la fonte des glaces quand quelques bateaux de ravitaillement viennent décharger du matériel, du fuel et des produits non périssables. Les frais de transport sont répercutés sur les prix.

A : Mais nous sommes malgré tout chanceux. La coopérative de Puvirnituq fait un effort financier important et propose des prix inférieurs à ceux pratiqués dans d’autres villages pour les produits « de base ».

Par exemple, un sac de croquette pour chien qui coûte 70$ à Montréal nous revient à environ 90$, mais est à 200$ ailleurs !! En revanche, un pack de 12 cannettes de bières est à 70$ !! Mais d’une manière générale, l’ensemble des prix est multiplié par au moins 1,5 par rapport à Montréal.

Puvirnituq pourrait elle être un lieu touristique ?

A : Non, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, à cause des conditions d’accès : le prix des billets d’avion est exorbitant, puisqu’il faut compter pas loin de 4000$ pour un vol aller-retour par personne. Ensuite, comme nous vous l’avons dit, les activités possibles concernent principalement la vie quotidienne. Il n’y a pas vraiment de lieu à visiter.

G : Et d’autre part, les infrastructures ne le permettraient pas : il y a un hôtel, mais essentiellement utilisé pour les travailleurs de passage, un restaurant et un magasin d’alimentation appartenant à la coopérative. A part cela, seul un autre petit magasin alimentaire et quelques services comme des mécaniciens sont présent dans le village.

Est-ce une expérience que vous recommanderiez, et si oui, qu’est-ce qu’elle vous apporte au jour le jour ?

G : D’une manière générale oui, car cela permet de découvrir un mode de vie différent, de nouveaux paysages. C’est toujours enrichissant de découvrir quelque chose que l’on ne connait pas, que l’expérience soit bonne ou mauvaise d’ailleurs.

A : Mais pour une personne seule, il faut bien noter que cela peut être compliqué compte tenu de l’isolement du lieu et de l’intégration à la communauté qui peut être compliquée.

Au delà de Puvirnituq, l’idée c’était de découvrir le Canada. Avec ce que vous avez déjà fait, quels serez vos 3 coups de coeurs ?

G : La ville de Québec tout d’abord. C’est complètement différent de Montréal, sans un centre-ville complètement saturé de voitures, d’immeubles … La vieille ville ressemble à ce que nous pouvons avoir en Europe, avec une bonne dose d’histoire même si elle est récente, des quartiers tel celui du petit Champlain vraiment superbe, le château de Frontenac, mais aussi de grands espaces avec les plaines d’Abraham qui surplombent le Saint-Laurent.

A : Pour ma part la région de Charlevoix, et particulièrement Baie-Saint-Paul, situé entre le fleuve d’un côté et les montagnes des parcs régionaux de l’autre. Une ville très agréable, lieu privilégié pour les artistes, à quelques encablures qui plus est du Massif de Charlevoix et de ses pistes de ski.

G : Ensuite je dirai la région du Saguenay. Pour y accéder, tu peux soit suivre la route du fjord qui te donne accès à de très jolis points de vu, ou bien passer par les terres au milieu des parcs régionaux, qui sont aussi vraiment sympa si tu aimes les grands espaces.

A : Enfin, Tadoussac. J’y ai passé quelques mois et beaucoup d’activités y sont possibles : randonnée, kayak, observation des baleines et bélugas qui remontent le fleuve. Pour ma part, j’ai pu observer des baleines lors d’une sortie en kayak. Que du bonheur !!

Avant cela, vous étiez durant la saison, Musher au Canada. Avez-vous un dernier mot à nous dire sur cette expérience tout aussi hors des sentiers battus que Puvirnituk ?

G : Une expérience hors du commun !! Cela s’est justement déroulé à Baie-Saint-Paul. Je voulais une expérience qui sorte de l’ordinaire, et que je ne referai peut être plus jamais. Et forcément quand je pensais au Canada, j’imaginais les grands espaces, la neige, et un traineau à chien au premier plan. Imaginez : une trentaine d’animaux à s’occuper tous les jours, à nourrir, surveiller, pour au final partir en balades sur des sentiers en pleins milieux des bois … Certes ce n’est pas de tout repos, mais quand tu rentres dans le chenil ou dans le parc avec tous ces animaux, c’est juste génial et on oublie tout le reste !!

A : La meilleure expérience de ma vie !! Depuis gamine je me rêve musher au Canada. J’y suis resté 2 mois en été et 6 en hiver, et j’ai adopté un chien d’une portée dont je me suis occupée à mon arrivée alors que les chiots n’avaient que 3 semaines. Cette meute est tout de suite devenue comme une deuxième famille au Canada, et découvrir avec eux le plaisir du traineau en hiver a été comme un aboutissement du travail quotidien.

G + A : De plus, le chenil où nous étions ne ressemble pas aux grosses structures pouvant accueillir jusqu’à 100 chiens, ce qui s’apparente plus à une usine. Nous pouvions passer du temps avec tous les animaux grâce à un grand parc où la meute évolue en semi-liberté. Il y avait beaucoup d’interaction avec les chiens, et c’est exactement ce que nous recherchions. Un job de rêve, dans une place de rêve !

NAKURMIIK !!!

 

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